Une vie entre deux océans

Vie2OceansAustralie, 1918. Tom Sherbourne revient de France, sa vie définitivement marquée par ce qu’il a vécu à la guerre et par la culpabilité d’être indemne alors que tant de ses compagnons sont soit morts, soit rendus infirmes ou le cerveau vidé par les attaques au gaz. Il devient gardien de phare et est envoyé sur l’île de Janus, à cent cinquante kilomètres des côtes. Tom trouve la paix dans la solitude forcée de cette île de quelques hectares dont il est le seul habitant, tout à son devoir de gardien.

Lors d’une de ses rares permissions à terre, il rencontre Isabel et l’épouse. Malgré l’isolement, ils fondent sur Janus un couple uni par la tendresse. Les années passent, mais ils ne parviennent pas à avoir d’enfants. Isabel enchaîne les fausses-couches, dans des conditions chaque fois plus dramatiques.

Un jour se produit ce qui ressemble à un miracle : un canot s’échoue sur l’île. À bord, le corps d’un homme mort et un bébé, une petite fille qui n’a pas trois mois.

Aucun masque, aucune simulation : la vulnérabilité de ce nourrisson était renversante.

Isabel supplie Tom de ne pas signaler l’incident, de garder pour eux cet enfant envoyé par Dieu. Malgré son honnêteté et son immense sens du devoir, il cède, et ils décident d’appeler la fillette Lucy. À compter de ce jour, Tom est partagé entre le bonheur d’avoir une famille et la culpabilité d’avoir commis une terrible faute.

Il est abasourdi de voir que la vie minuscule d’une petite fille est pour lui plus importante que tous les millénaires qui l’ont précédée.

Un jour, ils apprennent que la mère de l’enfant est toujours vivante, qu’elle s’appelle Hannah, et qu’elle est accablée de chagrin. Ils croisent sa route…

Personne ne savait comment se comporter face à ce deuil qui n’était pas celui d’un mort.

Janus est un dieu romain qui a deux visages, dans des directions opposées. L’île (imaginaire) est ainsi nommée, car elle est à la confluence de l’océan Indien et du Pacifique. Ce symbole va donner le ton à tout le roman. Tom est partagé entre son amour pour Isabel et Lucy, et les tortures endurées par Hannah, par sa faute selon lui. Lucy est partagée entre ses deux mamans et ses deux prénoms. Isabel est partagée entre sa tendresse pour Tom et la haine qu’elle finira par éprouver pour lui…

L’écriture de Margot L. Stedman est surprenante de délicatesse. Elle fait avancer son récit par petites touches, par petites scènes de quelques pages ou quelques paragraphes. Chaque fois, un certain temps s’est écoulé, on voit Lucy grandir, Tom sombrer, Isabel s’épanouir… ou tout s’écrouler pour eux. Alternant entre une narration au présent et au passé selon le contexte, l’auteure parle directement au cœur du lecteur et le plonge dans la situation en la lui faisant ressentir. Au moment où la tension est à son paroxysme, je me suis senti moi-même stressé, tout en parcourant ces pages, par ces circonstances dramatiques et sans issue.

Le récit incite également à s’interroger sur le passé et l’avenir, et le poids à accorder à chacun.

J’ai appris à la dure que, pour avoir un avenir quelconque, on doit abandonner tout espoir de jamais changer son passé.

Bien sûr, la maternité est aussi à définir. Qui est la mère de Lucy ? Celle qui l’a mise au monde ou celle qui la rassure depuis qu’elle est consciente ? Quelle justice pourra trancher dans ce nœud sans réels coupables, mais où tous sont victimes ?

Pour la fin, gardez un mouchoir à portée de main.

6 réflexions sur « Une vie entre deux océans »

      • C’est marrant la vie quand même, oui, tu as raison, il y a des moments où cela m’a touchée rapport à ma propre histoire, mais en fait, quand j’y repense, j’ai plus apprécié les descriptions sur la solitude, la culpabilité, l’histoire du continent, l’antisémitisme etc… j’ai trouvé plein de richesses et une profondeur extraordinaire… pauvres petits humains que nous sommes à nous débattre dans nos contradictions et nos vulnérabilités…

  1. Merci Claude, ce livre, je vais l’offrir a une amie qui elle aussi n’a pas eu d’enfants et a gâté ceux de ses amis et famille. Elle aurait été une mère aimante et comblée.

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