Un aller simple

AllerSimpleAziz est un enfant trouvé. Comme il a été trouvé dans une Ami 6 de race Citroën, on l’a d’abord appelé Ami 6, puis c’est devenu Aziz. Il a été recueilli par des Roms, il a grandi parmi eux, et lorsqu’il a eu besoin de papiers, on s’est aperçu que les faux papiers français coûtent cher. Alors, on lui a inventé une nationalité marocaine. Ça ne changeait pas grand-chose, dans les quartiers nord de Marseille où il vivait. Il aimait bien l’école, il était assez doué pour apprendre. Mais il n’a pas eu le choix. Pour gagner sa vie, il s’est spécialisé dans les autoradios. Volés, bien sûr.

Et un jour, le gouvernement a décidé de faire quelque chose pour (ou contre) l’immigration clandestine. Ils ont inventé un système de reconduite jusque dans le pays d’origine avec un « attaché humanitaire » qui aide l’ex-réfugié à trouver du boulot chez lui et à s’intégrer normalement. Mais les immigrés, les vrais, n’ont pas de papiers. On ne peut donc pas les renvoyer chez eux, puisqu’on ne sait pas d’où ils viennent.

C’est ainsi qu’Aziz, qui ne comprend pas l’arabe, qui n’a jamais mis les pieds au Maroc et qui a l’accent marseillais, se retrouve dans un avion pour Rabah avec un « attaché humanitaire » qui est bien plus préoccupé par une avalanche de problèmes personnels.

Aziz est le narrateur. Il décrit avec un humour froid, mais terriblement drôle, la zone dans laquelle il a grandi. Il connaît si peu d’autres choses du monde ! Puis il est expédié vers ce pays natal qui n’est pas le sien et dont il ignore tout, et, petit à petit, le réel sujet du livre se dessine. On a même l’impression, par moment, que le personnage principal change. Ce n’est plus Aziz, mais cet attaché, naïf en diable, submergé par des complications qu’il a lui-même créées pour la plupart, et qui a un tel besoin de porte de sortie qu’il est prêt à se ruer sur n’importe laquelle, même si elle est murée.

Histoire prenante et cocasse d’une amitié entre deux hommes qui n’ont en apparence (mais en apparence seulement) absolument rien en commun. Bien dans le style léger mais plein de sens de Didier Van Cauwelaert.

Prix Goncourt 1994.

3 réflexions sur « Un aller simple »

  1. Alors celui-là, c’est à mon tour de te le piquer 🙂
    J’avais beaucoup aimé sa “Demi-pensionnaire”, roman sensible et si touchant.
    Merci Claude.

    • J’apprécie beaucoup Didier Van Cauwelaert. Il a un style léger, des sujets émouvants et humains, très allégoriques… Tout ce que j’aime.

  2. J’ai lu ce livre il y a très longtemps (à sa sortie, avant qu’il ne reçoive le prix Goncourt), donc je ne me rappelle presque plus ce qu’il raconte… Je me rappelle seulement l’impression générale ressentie : une première partie très réussie et une deuxième partie décevante, pas à la hauteur de ce que laissait espérer le début du livre. Cela correspond peut-être à ce que tu signales, le changement de personnage principal…
    De Didier Van Cauwelaert, mon préféré est “La Vie interdite” qui, lui, était égal du début jusqu’à la fin.

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