Dans la queue le venin

QueueVeninDire que Pomponette Iconodoule aime jouer au docteur est un euphémisme. Elle ne pense qu’à ça, ramène tout à ça, ne vit que pour ça. Un courant d’air sur sa peau lui provoque des frissons, une secousse en voiture lui fait des sensations dans le bas-ventre et lorsqu’elle hèle un taxi, elle n’est pas sûre elle-même que son geste soit sans arrière-pensées.

Elle a rencontré à Paris un beau Turc avec qui elle a connu trois journées de feu, avant qu’il reparte à Istanbul. Très désireuse de le revoir, elle n’hésite pas à faire le voyage pour tenter de remettre la main (et le reste) sur l’étalon stambouliote.

Autant l’avouer de suite : il n’y a guère de récit, ou plutôt il passe au second plan par rapport aux d’extraordinaires jeux d’Écriture.

Car l’Écriture, chez Claro, prend une majuscule. Pas une phrase qui ne soit ciselée à la perfection, pas un mot qui ne soit choisi avec soin et précision pour s’enchaîner à ses voisins à coup d’allitérations, zeugmes, paronomases et autres figures de style, aucune n’ayant de secrets pour lui. De l’ensemble se dégage un humour désopilant, à se taper le cul par terre. Évidemment, avec un tel sujet.

Un peu de lumière est parfois souhaitable, non seulement pour vérifier que l’autre n’a pas le regard vague et vitreux de qui pense à son toit qui fuit, mais également pour admirer ce paysage dont nous sommes faits. Pomponette a plus d’une fois constaté que l’amour pratiqué en chambre obscure a quelque chose d’inquiétant et procure même un étrange malaise, comme si l’on ne savait plus trop combien on est à s’agiter sous des draps, alors qu’un chouette rayon de soleil judicieusement disposé sur la verge ou le con confère au tableau une aura champêtre, quasi mystique, transformant la scène en vitrail, et rendant la profanation encore plus délicieuse.

Un petit livre très bref, une histoire sans prétention, mais une rare maîtrise de l’art de la plume. Un auteur doué d’un talent prodigieux et d’un humour hors du commun. En cas de déprime ou de découragement, plongez-vous dans ces pages curatives. Et en cas d’allégresse, lisez-le aussi, vous ne le regretterez pas, je m’en porte garant.

2 réflexions sur « Dans la queue le venin »

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