Évariste

EvaristeÉvariste Galois, mathématicien surdoué, mort en duel à vingt ans, probablement pour une histoire de cœur. C’est à peu près tout ce qu’on sait de lui. Peut-on dire qu’il a marqué son époque ? Non. C’est quand il fut trop tard que le monde a réalisé qu’il avait perdu un génie. À titre posthume. Alors, pour un écrivain comme François-Henri Désérable, c’est un boulevard qui s’ouvre. Dans ce livre, il va raconter tout ce qu’on connaît d’Évariste, et surtout, il va broder pour imaginer le reste.

Des mathématiques, il n’en est guère question. L’auteur l’avoue sans ambages : il n’y comprend rien. L’incompréhension, c’est bien là le drame d’Évariste, qui a deux reprises confia un mémoire avec ses découvertes à d’éminents spécialistes de l’Institut… qui n’y pigèrent rien et égarèrent le document. Pourtant, il réalisa des travaux révolutionnaires dans le domaine des équations du cinquième degré, dans celui des intégrales et il créa tout un pan des mathématiques, connu aujourd’hui comme théorie des groupes. Ce qui reste de lui ? Très peu de choses. Essentiellement quelques feuillets griffonnés à la va-vite la dernière nuit, des notes incomplètes sur ses travaux, en forme de testament.

Ce qui frappe dès les premiers paragraphes du livre, c’est l’Écriture. Quelle plume ! Des phrases souvent longues, voire très longues, mais amenées avec tant de savoir-faire qu’on n’en perd pas le fil, que le propos se répond à lui-même. Un style rebondissant, dynamique, plein de vie. Et au détour d’une formulation, une tournure, une expression en forme d’humour qui stoppe le lecteur en le surprenant.

Le 27 juillet 1830 tombait un mardi. Le 28 un mercredi. Le 29 un roi.

Au passage, quelques réflexions bien envoyées, et parfois toujours d’actualité, comme celle-ci :

Les nobles, qui ont les terres, ne font rien et font de l’argent ; le clergé, qui a le ciel, ne fait rien et fait de l’argent ; le tiers état, parce qu’on lui a promis dans l’autre vie le ciel du second, s’échine dans celle-ci sur les terres des premiers, fait tout, n’a rien, ne fait pas d’argent.

Bien sûr, le lecteur qui aborde ce bouquin sait comment s’est achevée la vie d’Évariste. Tout est donc dans la façon de le dire, et l’auteur s’en tire remarquablement bien. Et ce n’est pas le plus mince exploit de parvenir à faire un livre de cette ampleur avec si peu de faits avérés. On ne sait même pas vraiment qui était la femme qui avait allumé les espoirs d’Évariste. Tout au plus soupçonne-t-on une certaine Stéphanie. On ne sait même pas qui était son adversaire lors de ce funeste duel. On sait, par contre, qu’Évariste n’était évidemment pas un homme d’armes, et était conscient, en acceptant ce défi, qu’il allait à la mort.

Peut-être qu’il est allé dans la grange, juste à côté, s’exercer au tir, lui qui n’avait jamais rien tiré — pas même Stéphanie.

En vingt chapitres, pour les vingt ans d’Évariste, un long monologue qui s’adresse à un personnage simplement appelé mademoiselle, une biographie romancée et narrée au présent d’un type qui a tout raté alors qu’il avait tout pour être un des plus grands hommes de l’Histoire. Un excellent bouquin !

Un dernier mot, pour signaler que, non content d’être un excellent écrivain, François-Henri Désérable est également un joueur de hockey sur glace professionnel.

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