Le roi disait que j’étais diable

RoiDisaitDiableQui était exactement Aliénor d’Aquitaine, successivement reine de France et reine d’Angleterre, femme au caractère bien trempé, indocile, féministe avant l’heure, mais attachante et qui a profondément influencé son époque ? On ne le saura sans doute jamais avec précision. Aliénor a suffisamment pesé sur l’Histoire pour rester comme une figure marquante, mais le temps a fait son œuvre depuis le XIIe siècle, et de grands pans de ces annales ont sombré dans l’oubli.

Clara Dupont-Monod redonne vie à cette reine, n’hésitant pas, comme elle l’avoue dans la postface, à faire appel à son imagination pour combler les trous. Il ne s’agit donc pas vraiment d’un livre sur la vraie Aliénor, bien qu’il colle au maximum à ce que l’on sait d’elle.

La plus grande partie de la narration est faite par Aliénor elle-même. Elle cède de temps en temps la parole à son mari puis, tout à la fin, à son oncle Raymond de Poitiers.

Le roman débute lors des noces d’Aliénor avec le futur Louis VII. Dès leur première rencontre, Louis tombe sous le charme de cette belle femme. Mais il était destiné à devenir moine, pas roi. Il n’en a ni la carrure ni la formation, et ne doit ce coup du sort qu’au décès accidentel de son frère aîné. Immédiatement, Aliénor le méprise, elle qui n’est que noblesse et fierté.

Louis sourit. Sa bienveillance est plus insupportable que l’hostilité. […] J’oublie trop souvent que mon mari est pieux, donc hypocrite.

Louis, de son côté, souffre de l’attitude de son épouse, qui le repousse et lui refuse même sa couche. Du même coup, elle refuse à la France l’héritier qu’elle espère. Le pauvre roi ne comprend pas sa reine ni les charges qui lui incombent lorsque le pays a besoin des décisions fermes qu’il est incapable de prendre. Il ne s’explique pas le comportement de sa femme, qui souhaite la guerre et le sang.

Je vois bien que pour toi, il y a de la noblesse à menacer la vie.

Aliénor finit par mettre au monde un enfant, malheureusement, c’est une fille.

Un bloc de ferveur entièrement tourné vers le désir de vivre, ignorant l’égoïsme des hommes et le poids des ancêtres. C’était petit et ça triomphait de tout. […] Née fille, elle porte mille ans de servitude.

Pourtant, Louis VII n’était peut-être pas entièrement mauvais. Il était trop timide, trop naïf, c’est certain. Mais son refus de la guerre a quelque chose de moderne, au sens où nous l’entendons.

J’ai fait le pari du langage contre les armes, de la foi contre la colère. J’inaugure un autre monde mais personne n’est encore prêt.

Comment peut-on continuer à aimer quelqu’un qui vous méprise ? Louis et Aliénor parviennent à faire annuler leur union au lendemain de la deuxième croisade, qui est un échec cuisant. Le livre s’achève sur ce divorce. Le roi peut alors épouser une femme plus en accord avec lui, et Aliénor va se tourner vers Henri, futur roi d’Angleterre, geste qui a probablement posé les prémices de la guerre de Cent Ans, encore lointaine…

Ce roman, à coup de phrases brèves, plante un portrait d’Aliénor quelque peu partiel, mais prenant, la montrant comme une femme extrêmement en avance sur son époque, et bien plus à même que son royal époux à mener le destin d’un pays. Bien écrit, par une femme qui, elle aussi, semble avoir un caractère bien trempé.

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