Les tribulations du dernier Sijilmassi

TribulationsDernierSijilmassiAdam Sijilmassi est cadre supérieur dans une grosse société à Casablanca. Sans cesse en déplacement aux quatre coins du monde, il mène la vie trépidante et stressante de l’homme d’affaire. Un jour, tandis qu’il se déplace à vitesse supersonique à trente mille pieds d’altitude, il se demande ce qu’il fait là. Dans la foulée, il réalise qu’il mène une existence infernale, dépourvue de sens et en contradiction avec les saines valeurs qui étaient celles de son père et de son grand-père.

Sa décision est prise : il va tout changer, et pour commencer, il choisit d’aller de l’aéroport au centre de Casablanca à pied, ce qui laisse la place à quelques scènes croustillantes. Il ne s’arrête pas là et décide de démissionner. Sa femme Naïma, qui l’a épousé uniquement par intérêt, n’apprécie guère et le quitte. Adam ne se laisse pas dévier de son nouvel objectif et il part, toujours à la force des mollets, vers son village natal, au fond du bled et loin, très loin, de la prétendue civilisation.

Adam se lance avec désespoir dans ce voyage initiatique vers ses origines, mais il n’est pas au bout de ses peines car, alors qu’il s’installe dans la maison qui l’a vu grandir, il réalise qu’il n’est plus vraiment chez lui, suscitant l’envie, le mépris et l’incompréhension de ses proches, en lieu et place de la quiétude qu’il était venu y puiser.

Toute l’histoire est narrée sur un ton résolument drôle, et certains passages sont vraiment tordants.

La nuit, il lui arrivait de se réveiller et de regarder longuement la forme oblongue enroulée dans un drap qui gisait auprès de lui. « C’est ma femme », se répétait-il, inquiet. Il entendait parfois le chat ronronner. « C’est mon chat. »

Mais cela n’exclut pas un fond lourd de sens.

N’attribuons pas à la méchanceté ce qui s’explique aisément par la stupidité.

Fouad Laroui, Marocain vivant en Europe, porte un regard acéré et sans pitié à la fois sur les excès de l’Occident et sur la rigidité de sa culture d’origine. Il est beaucoup question de l’Islam et de l’État qui sont disséqués au long de débats épiques entre Adam et certains personnages caricaturaux, mais ils sont vus à la fois de l’intérieur et avec le recul de celui qui a pris ses distances.

Je suis plus pieux que toi, car je vais plus loin dans l’observance du dogme.

Mais aussi :

Qu’est-ce que l’État, sinon une forme suprême de la Raison ?

L’auteur nous fait fréquemment pénétrer dans les pensées d’Adam, et là, à travers le labyrinthe des interrogations qui le submergent, le lecteur trouve une immense culture. Il y a des allusions à une foultitude de personnalités marquantes de la littérature et de la poésie. Victor Hugo, Voltaire, Jacques Brel, Albert Camus, et bien d’autres, même Michel Polnareff !

Message personnel : Cher Fouad, nous nous sommes croisés à la Foire du livre de Brive, où j’ai constaté que vous ne réservez pas votre humour à vos romans. Il y a une petite chance pour que vous passiez un jour par ici, alors je jette une bouteille à la mer en vous affirmant que même sans l’indulgence que vous m’avez réclamée, j’ai beaucoup aimé ce livre et les points de vue qu’il exprime. Vous méritez incontestablement le prix Jean Giono qu’il vous a valu.

4 réflexions sur « Les tribulations du dernier Sijilmassi »

  1. Rien que pour cette phrase, je cours acheter ce livre : N’attribuons pas à la méchan­ceté ce qui s’explique aisé­ment par la stupidité.
    Merci Claude

  2. Il est beaucoup plus grave d’être méchant que bête. La bêtise est un état subi et non choisi, la méchanceté est un vice nuisible à soi-même et aux autres.

    • Répondu en douze minutes ! Félicitations, Catherine…
      Et je suis d’accord, d’autant qu’il faut être bête pour se laisser aller à la méchanceté.

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