Étranges rivages

Mise en page 1Erlendur est policier à Reykjavík, mais c’est en vacances qu’il revient dans les fjords de l’est de l’Islande où il a passé son enfance. De manière tout à fait officieuse, il veut tenter d’en savoir davantage sur la disparition d’une jeune femme, Matthildur, une soixantaine d’années auparavant. Elle était partie à pied pour un village voisin et avait été surprise par une terrible tempête. Malgré les recherches, on n’a même pas retrouvé son corps.

Si Erlendur s’intéresse autant aux disparitions, c’est parce que lorsqu’il avait dix ans, lui, son père et son petit frère ont été également surpris et séparés par une tempête dans cette région. Lui a failli mourir de froid, mais il a été sauvé de justesse, ainsi que son père. Quant à son frère, on n’a même pas retrouvé son corps. Erlendur se sent coupable.

Malgré les décennies écoulées, et bien qu’il reste peu de témoins vivants, Erlendur s’applique à reconstituer ce qui s’est passé lors du décès de Matthildur. Certes, son enquête progresse grâce à des hasards qui m’ont semblé parfois un peu trop chanceux, mais l’intérêt du roman n’est pas là. Il est dans la démarche de cet homme taciturne, dans sa quête de paix pour lui-même et pour les protagonistes de l’autre drame. À mesure que ses recherches avancent, ses souvenirs le pressent. Qu’est-il arrivé à cette femme ?  Où est le corps de son frère ?

Arnaldur Indridason a monté une intrigue truffée de ramifications et de psychologie. Il met en place une ambiance sombre et tourmentée, avec lenteur. Un à un, de nouveaux personnages apparaissent. L’enquête s’effectue essentiellement avec des dialogues, des bouts de révélations, des tournures de phrases qui sont autant d’indices ténus auxquels Erlendur s’accroche. Accessoirement, il croise des éléments qui se rapportent à l’histoire de sa famille, à la disparition de ce jeune frère qui a bouleversé sa vie. Cela lui permet de comprendre en profondeur ce que peuvent ressentir ceux qui ont côtoyé Matthildur il y a si longtemps, et de faire avancer cette quête de vérité.

Mes oreilles francophones ont eu un peu de mal à s’y retrouver au milieu de ces noms de gens et de lieux aux consonances islandaises, mais malgré ce détail, ce bouquin n’est que du plaisir.

4 réflexions sur « Étranges rivages »

  1. J’aime bien les livres d’Arnaldur Indridason. La lenteur, la patience, l’obstination, les cercles décrits autour du problème, et finalement tout se met en place. J’aime bien aussi l’évolution, livre après livre, de l’enquêteur (Erlendur) et de ses collègues (Sigurdur Oli et Elinborg) ; il y a aussi les enfants d’Erlendur qui traversent les histoires. Chacun a ses problèmes personnels, sa façon de vivre, ses failles, et leurs relations avancent parallèlement aux enquêtes. Quelquefois, Erlendur est quasi absent de l’histoire, et c’est l’un ou l’autre de ses collègues qui prend en charge l’enquête, et on le découvre mieux. De “La Cité des jarres” à “Étranges rivages”, chacun des personnages récurrents a évolué. Erlendur s’est toujours montré très sensible aux histoires de disparition et au fil des livres, on découvre pourquoi, jusqu’au dernier où il se trouve confronté aux traces de son petit frère.
    J’ai commencé par des livres récents (“Hiver arctique”, “Hypothermie”, “La Rivière noire”, “La muraille de lave”) et je suis remontée ensuite à de plus anciens (“La Cité des jarres”, “La Femme en vert”). Il m’en reste quelques uns à découvrir…
    Je viens de lire “Le Livre du roi”, qui n’est pas dans le même cycle (je veux dire : l’ensemble des enquêtes d’Erlendur et de ses collègues). C’est un thriller autour des manuscrits islandais anciens ; j’ai moins aimé.
    Pour ce qui est des noms de lieux et de personnes, c’est vrai que c’est un peu déroutant au début. J’ai tout de même repéré que ce qui est important, c’est le prénom : Erlendur, Sigurdur Oli, Elinborg. Ensuite vient le prénom du père suivi de “son” pour un homme ou “dottir” pour une femme. Une femme pourra s’appeler, par exemple : Anna Jonasdottir (= Anna, fille de Jonas) et un homme : Gaukur Trandilsson (Gaukur, fils de Trandil). Sans garantie, je ne suis pas une spécialiste ! Remarque que ces noms bizarres à nos oreilles contribuent à “créer l’ambiance”, tout comme les notations concernant la température et le temps qu’il fait, la luminosité, l’évocation des paysages… Les livres d’Arnaldur Indridason, c’est un dépaysement garanti !

    • Oui, pour s’adresser à un Islandais, on utilise toujours le prénom, même si on s’adresse à son boss ou à un ministre. Mais ces gens-là ont apparemment un grand sens de la généalogie, car en lieu et place de notre nom de famille, ils ont un “fils (ou fille) de Untel”. Si le père d’Éric s’appelait Olaf, il sera Éric Olafson. Et son fils à lui sera par exemple Anders Éricson. Le suivant sera Andersson, etc. On a l’impression d’être tombé dans Le seigneur des anneaux, avec Aragorn fils d’Arathorn ou Denethor fils d’Ecthelion. D’ailleurs, Tolkien a été très influencé par les légendes nordiques.
      Pour en revenir à ce roman, ce qui m’a plu le plus, c’est l’ambiance, et surtout la manière de la tisser.

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