La vie rêvée d’Ernesto G.

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Ce n’est pas seulement un roman, c’est aussi une chronique du XXe siècle. Le personnage principal, Joseph Kaplan, est né en 1910 à Prague. Excellent danseur, il vit une jeunesse festive dans l’entre-deux-guerres, fait des études de médecine à Paris, puis est envoyé faire de la recherche en Algérie. Il mène là une vie facile et insouciante auprès de vrais amis, mais la Seconde Guerre éclate et, étant juif, il est obligé de se cacher. Quand les choses s’arrangent…

Non, je ne peux pas en dire plus, ce serait trop. Le livre suit l’existence de Joseph comme un fil conducteur. À travers les péripéties de sa vie, nous découvrons la fragilité de notre monde. Joseph retourne vivre dans la Tchécoslovaquie des années 50 et 60, celles du rêve communiste, rêve qui sera dérobé, pillé, et transformé en cauchemar par ceux qui auraient dû l’entretenir. Sombre période de l’Histoire, où parfois on avait dix minutes pour choisir : rester ‑et mourir- ou fuir sur-le-champ, en laissant conjoint et enfants, sans même pouvoir les prévenir. Car ceux qui étaient suspectés par la Sécurité intérieure étaient coupables ‑forcément- et condamnés. À la mort par pendaison.

Joseph, entre espoirs, amour et amitiés, entre serments et trahisons, est balloté par une vie sans pitié.

Et Ernesto G., me direz-vous, que vient-il faire là-dedans ? Ce n’est pas un secret, ou si peu : il s’agit d’Ernesto Guevarra, dit le Che. Seul personnage réel du livre, il apparaît assez tardivement. Il incarne et même il personnifie l’idéal communiste, l’idéal d’un monde sans inégalité, comme si c’était lui et lui seul qui avait fait ce rêve pour l’offrir à tous les autres. Il représente aussi celui qui ne renonce jamais, qui poursuit son rêve même quand il sait que tout est fichu, parce qu’il ne voit rien de plus valable.

On s’est battu pour que vous ne soyez plus victimes de l’exploitation, pas pour que vous deveniez de gentils consommateurs.

C’est à lui que l’auteur fait exprimer quantité de réflexions à propos de ce que les peuples ont subi au cours de ces années d’obscurantisme.

Il est impossible d’entreprendre aucune action sans le soutien de la population. Si les exploités ne se révoltent pas, ne veulent pas se battre pour changer leur destin, le révolutionnaire est un fruit stérile, un être machinal.

Le lecteur suit le rythme lent du bouquin, et quand survient un des nombreux rebondissements imprévus de cette histoire, c’est un coup de poing. À chaque fois, je ne m’y attendais pas, à chaque fois la violence du choc m’a touché. Comment les gens qui ont vraiment vécu cela ont-ils réussi à survivre sans tous sombrer dans la folie ?

Jean-Michel Guenassia signe là un magnifique livre, qui colle parfaitement à l’Histoire réelle, bourré d’émotions qui ne demandent qu’à jaillir dans le cœur du lecteur. Je vais mettre plusieurs jours à en sortir complètement.

4 réflexions sur « La vie rêvée d’Ernesto G. »

  1. Comment résister a une telle présentation, même si le Ché n’est pas ma tasse de thé. Je cours acheter ce livre. Merci

    • Le Che n’est pas ma tasse de thé à moi non plus (la tasse de maté, plutôt). Dans ce bouquin, il est surtout un moyen d’amener certains sujets, comme le rêve, l’idéal vers lequel tendre. Le thème de “l’exalté” qui ne renonce pas est très présent dans ces pages. Il y est aussi question de l’abandon : subi par ceux qui restent, et subi par ceux qui sont obligés de tout laisser. C’est un livre très fort. Je te recommande aussi, si tu ne l’a pas encore lu, Le club des incorrigibles optimistes, du même auteur. Il y a d’ailleurs quelques personnages en commun.

  2. Mais, mon jeune ami, sous vos excellents conseils, j’avais acheté et lu, en son temps ” le club des incorruptibles optimistes “. Merci encore pour ces judicieux conseils de lecture

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