La horde du contrevent

À la cinquième salve, l’onde de choc fractura le fémur d’enceinte et le vent sabla cru le village à travers les jointures béantes du granit.

Imaginez un monde réduit à une bande habitable entre deux parois de glace, un monde à deux dimensions, l’Amont et l’Aval, balayé sans cesse par des rafales de vent d’une puissance extrême. Ces vents viennent de l’inaccessible Extrême-Amont, objet de toutes les quêtes. La Horde, c’est vingt-trois hommes et femmes, entraînés depuis leur enfance à remonter en contre, rafale en gueule. Ils sont partis il y a plus de trente ans de l’Extrême-Aval et ils avancent durant toute leur vie, consacrée à cette progression vers le bout de l’univers. Chacun a une fonction précise : traceur, aéromaître, croc, feuleuse, ailier, combattant-protecteur, fleuron, braconnier du ciel, scribe, autoursier, troubadour… Chacun est indispensable à la réussite. Mais combien survivront ? Parmi les nombreuses menaces, il y a les neuf formes du vent, mais aussi les chrones, ces choses étranges, aux multiples effets, mais qui agissent toutes sur l’écoulement du temps…

Le son perdit son ciselage aigu, sortit de la cinquième forme et devint ce qu’aucun hordier ne pouvait effacer de sa mémoire physique, une fois entendue, cette effroyable torche de terre raclée qui s’appelait le furvent.

Et cette fin prévisible et pourtant époustouflante !

Voilà un bouquin vraiment hors du commun. La quête de la Horde ressemble à un compte à rebours, alors les pages de ce livre sont numérotées à l’envers, commençant à la page 700 (édition de poche) et finissant à la page 0. Les vingt-trois personnages principaux (chacun désigné par un symbole graphique) sont tour à tour le narrateur, offrant au lecteur différents points de vue sur les événements. Chacun d’eux à son langage, son vocabulaire, sa façon de s’exprimer, précise pour le scribe lettré, bourrue pour le traceur à l’idée fixe, petit-nègre pour l’éclaireur, pleine d’émotions pour la soigneuse… Le vocabulaire employé fait usage de nombreux néologismes qu’Alain Damasio a dû créer pour décrire tant de choses, mais dont le sens reste toujours compréhensible.

Il ne s’agit pas seulement d’un livre, mais d’une quête, presque d’un univers dans lequel le lecteur doit s’immerger. Certains n’y parviendront sans doute pas, rebutés par la forme si particulière. L’auteur a même imaginé une façon de noter par écrit les vents et leurs effets.

Il est difficile de décrire ce bouquin aux allures de cyclone, mais il ne laissera personne indifférent. Une édition est même vendue avec un CD de musique originale, spécialement composée par Arno Alyvan. On adorera ou on détestera. Moi, j’ai adoré !

Nous sommes fait de l’étoffe dont sont tissés les vents.

Grand prix de l’imaginaire 2006


Après le piratage de mon site, il m’a été impossible de remettre les anciens commentaires sous une forme “normale”. Je les recopie simplement ici :

Mysouris, le 31/12/2011

J’ai lu aussi, j’ai eu un peu de mal à rentrer dedans, et puis je me suis laissée envolée par le furvent. Si bien que longtemps sur mon vélo, luttant contre les rafales de la tramontane pour rentrer chez moi, je criais contre le furvent contre lequel je forçais “en contre”.

Et puis, cette fin, je ne vous en dirai pas trop, mais… c’est une excellente fin. D’ailleurs, on ne pouvait pas imaginer autre chose une fois l’avoir lue.

Bref, un très agréable moment à passer, qui m’a même donné envie d’aller lire autre chose de l’auteur, et j’ai bien fait : “La zone du dehors” complètement différent est tout aussi bon et agréable à lire.

Quelque chose d’original qui m’avait aussi plu, c’est le signet fourni avec récapitulant les signes de chaque membre de la horde et son rôle, un très bon bonus parce qu’on pourrait s’y perdre un peu sinon parmi les nombreux symboles.

Claude, le 31/12/2011

Merci d’être passée, Mysouris. Pas facile de sortir de ce livre ! Moi aussi j’y pense quand je marche contre le vent, ce qui m’arrive souvent car la région toulousaine est assez venteuse. Heureusement que j’aime ça !
La Zone du dehors est déjà sur mon étagère, mais je ne l’ai pas encore lue. Une critique à venir…

Aladdin, le 10/08/2012

J’ai personnellement adoré ce livre, un monde à part, d’où il est très dur de ressortir à la fin. Il y a quelques semaines j’ai décidé de retenter l’aventure, et je conseille a tout le monde de faire de même, car on redécouvre beaucoup de choses qui nous on échappé lors de la première lecture, et on comprend souvent beaucoup mieux où l’auteur veut en venir.

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