Minifiction #170

Une cave bien fournie


Il n'y a pas qu'au Vatican que les caves cachent des surprises, sans oublier que les beaufs aussi se rebiffent.

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Le reste de leur vie

ResteLeurVieAmbroise est un beau jeune homme qui plaît beaucoup aux filles. Pourtant, il est seul dans l’existence. Pas par choix, loin de là ! C’est juste que dans une relation, tôt ou tard, tombe la question fatidique : « Qu’est-ce que tu fais, dans la vie ? » Et tôt ou tard, Ambroise doit avouer qu’il est thanatopracteur, qu’il prépare les cadavres avant les obsèques. Cependant, il aime passionnément la vie, ce brave garçon. Mais pour une fille, il est difficile d’admettre que les mains qui caressent son corps ont tripoté quelques heures auparavant des dépouilles livides, froides et éteintes. C’est toutefois un métier beau et indispensable, comme l’a expliqué à Ambroise l’ancien qui l’a formé.

Des magiciens, voilà ce que nous sommes, ni plus ni moins que des magiciens qui avons pour lourde tâche de transformer les cadavres en de paisibles dormeurs.

Depuis le décès de sa mère et après s’être définitivement brouillé avec son père, Ambroise vit chez Beth, sa grand-mère.

Et il y a Manelle. Elle est ravissante, pétillante, et aide à domicile. Admirable profession que celle-ci. Elle va de petit vieux en petit vieux, les accompagnant dans leur quotidien, et adoucissant leurs dernières années d’existence. Même si certains (rares, heureusement) sont extrêmement désagréables, Manelle fait son travail avec passion et tendresse. Particulièrement avec Samuel, octogénaire attachant et sympathique, malheureusement atteint d’une maladie incurable. Avec tout ça, Manelle n’a guère le temps ni la force de sortir et de se faire des relations. Elle aussi est seule dans la vie, et elle aussi traîne comme un boulet un secret honteux.

Bien sûr, le lecteur devine très vite que ces deux-là sont faits pour se rencontrer et accomplir ensemble… de grandes choses. Mais Jean-Paul Didierlaurent prend son temps pour en arriver là. Une bonne moitié du bouquin. Trop long ? Peut-être. Certaines scènes n’apportent rien au récit, quelques détours sont superflus. Toutefois, l’écriture est si légère que ça passe très bien. Il y a même de petits crochets vers des sujets humains et délicats, comme l’euthanasie.

Bien sûr, c’est un conte, avec son lot de personnages caricaturaux. Il n’y a aucun méchant, seulement des gens désagréables en très petit nombre. Tout va mal pour les héros, puis tout s’arrange en un tour de main, quelques coïncidences sont les bienvenues, un coup de baguette magique et c’est réglé. L’histoire est un peu naïve, mais très rafraîchissante, elle s’achève en une inévitable happy end, c’est reposant, et même si ce livre ne marquera pas son époque d’une empreinte indélébile, c’est un plaisir de le lire.

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On dirait nous

OnDiraitNousParfois, pour comprendre le titre d’un bouquin, il faut être assez avancé dans le livre, ou même parvenir à la dernière page. Avec celui-ci, le lecteur est dans le coup dès le second paragraphe. C’est plus simple.

Soline et Illan forment un beau couple dans la trentaine. Elle est violoncelliste virtuose, il vit de petites magouilles et de grands espoirs, mais qu’importe ? Ils sont amoureux et pleins d’avenir, là est l’essentiel.

Yoa et Georges sont trois fois plus âgés. Yoa est d’origine amérindienne, c’est une Tlingit, ethnie d’Alaska presque disparue, ainsi que leur langue et leur culture. Eux aussi forment un couple très uni.

Lorsque Soline et Illan voient les deux anciens pour la première fois, ils pensent « On dirait nous, quand on sera vieux. » Et les deux autres pensent « On dirait nous, quand on était jeunes. »

Yoa est atteinte de la maladie de Charcot, il lui reste peu de temps à vivre. Dans sa civilisation, lorsqu’un vieillard ou un malade sent que sa fin est proche, il choisit dans quelle famille il va se réincarner et, une fois obtenu l’accord de ses futurs nouveaux parents (accord soumis à un protocole complexe et précis), il peut s’éteindre en toute quiétude, sûr de revenir dans de bonnes conditions.

Yoa sait que le terme de sa vie est proche. C’est ainsi que Soline et Illan se voient présenter la plus étrange des requêtes : « Voulez-vous être les futurs parents de ma femme ? »

Beaucoup de sentiments et de sujets se mêlent et s’entremêlent dans ce roman de Didier Van Cauwelaert. Il y a non pas une, mais deux histoires d’amour et de tendresse. Il y a le thème de la mort, de l’enfance, de ce que c’est de devenir parent, celui des peuples minoritaires en voie de disparition, le sujet de l’écologie et des plantes (comme souvent chez cet auteur), la vieillesse, la fidélité… Le tout sur fond d’humour, car Illan, qui est le narrateur, a parfois sur le monde un point de vue assez décapant.

Également, beaucoup de drôlerie avec la situation, on s’en doute. D’autant plus qu’une fois Yoa disparue et Soline enceinte, le brave Georges devient vite un peu envahissant. D’une part, il marche plus ou moins dans la croyance que le bébé à venir est la réincarnation de sa femme, d’autre part, lui qui n’a jamais eu d’enfant attend celui-ci comme si c’était le sien. Considère-t-il Soline comme la fille qu’il aurait pu avoir, ou devient-il un peu amoureux d’elle, par-delà les générations ? Illan n’est-il pas une sorte de rival ?

Le sujet est déjà très original en lui-même, mais en plus, l’histoire est servie par la magnifique plume de Didier Van Cauwelaert, dont les phrases, où chaque mot à sa place, fusent comme un feu d’artifice. J’ai retenu celle-ci, tirée des obsèques de Yoa :

Une crémation à huis clos dans un incinérateur à développement durable, dont les fumées recyclées par les circuits du chauffage urbain permettraient d’obtenir des cendres bio certifiées Afnor.

Un excellent livre, actuellement mon préféré de cet auteur pourtant prolifique.

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Minifiction #169

Réfléchissons un peu


Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu avant de renvoyer les images. (Jean Cocteau)

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Le ciel de la chapelle Sixtine

CielChapelleSixtineEn 1508, le jeune Aurelio quitte sa campagne et sa ferme natale pour se rendre à Rome. Il veut devenir sculpteur, et entrer en apprentissage auprès d’il gigante, le grand génie de cette époque : Michel-Ange. Le maître le prend en effet à son service. Il faut dire qu’Aurelio est plutôt beau garçon et que le maestro apprécie les beaux garçons.

Toutefois, Michel-Ange ne fait pas de sculpture en ce moment. Le pape Jules II, conseillé par des rivaux du maître qui espèrent un échec, vient de lui confier un travail qui n’est pas du tout de son domaine : peindre le plafond de la chapelle Sixtine.

Leon Morell entraîne le lecteur dans un tourbillon. D’une part, le projet de cette fresque gigantesque, qui sera le chef-d’œuvre de Michel-Ange, celui qui le fera passer à la postérité. Là, on découvre les techniques de l’époque pour créer les couleurs, pour reporter un dessin sur un support de ces dimensions, pour corriger la perspective d’un plafond arrondi… D’autre part, il y a les intrigues. Le peintre Raphaël et l’architecte Bramante (celui qui a réalisé la basilique Saint-Pierre) veulent la perte de Michel-Ange. Et il y a les femmes. L’attirante Margherita, venue à Rome avec Aurelio pour y faire fortune comme courtisane, et la plus belle de toutes, la plus mystérieuse aussi, celle qu’on surnomme Aphrodite, qui ne sort que voilée et qui est la maîtresse de Jules II. Il fait crever les yeux à quiconque porte son regard sur elle !

La personnalité si particulière de Michel-Ange plane au-dessus de tout cela. Cet homme si laid, taciturne, à la sexualité trouble et refoulée, ne vit que pour et par son art. Il est le seul qui n’hésite pas à s’opposer au pape lui-même, réalisant en cachette sur ce fameux plafond une fresque qui n’est pas du tout ce que Jules lui avait commandé. Le maestro fait découvrir à Aurelio les beautés du monde et l’amour qu’il leur porte. Il montre à son jeune apprenti comment, en art, tout doit venir du cœur, car sans passion, on ne dépasse pas le stade de la technique.

Les rebondissements ne manquent pas dans ce roman très prenant. Le danger peut surgir n’importe quand et de n’importe où, et Aurelio n’est souvent que le témoin impuissant des tourments de son maître.

Une documentation extraordinaire, une intrigue parfaitement ficelée, des personnages (historiques ou imaginaires) très attachants… tous les ingrédients d’un excellent roman sont là.

Et si vous souhaitez, au cours de la lecture, effectuer une visite virtuelle à 360° de la chapelle Sixtine, dans laquelle ont lieu les élections des papes, suivez ce lien vers le site du Vatican. (Déplacez la souris en cliquant, et jouez de la molette.)

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Minifiction #168

Le cœur dans les nuages


Lorsque les « beaux jours » arrivent, tout le monde se réjouit, mais il n'y a pas forcément de quoi.

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Joseph

JosephIl n’y a pas vraiment d’histoire, dans ce livre. Pas de fil conducteur, pas de suspense, pas de grandes questions existentielles, pas de quête ni de chute percutante. Pourtant, je vous assure qu’on ne s’ennuie pas une seconde !

Marie-Hélène Lafon nous parle de Joseph. Joseph est un ouvrier agricole qui vit dans le Cantal. Durant toute sa vie, il a loué ses services et ses bras aux exploitants de la région. Il connaît toutes les fermes. Il est travailleur, compétent et apprécié. Lorsqu’il était jeune, il est tombé amoureux, mais ça s’est très mal passé, et il a sombré dans l’alcool. Il a eu beaucoup de difficultés à s’en sortir. À présent, à la soixantaine, il songe à se retirer avec l’argent qu’il a pu mettre de côté.

Voilà, j’ai à peu près tout dit. On découvre cet homme humble et fruste qui n’a pas eu le bonheur qu’il méritait, on découvre le monde tel qu’il le voit, on découvre la vie du terroir, que l’auteure connaît fort bien puisqu’elle est originaire de cette région et de ce milieu.

Ce que je ne peux pas dire, c’est la poésie de ce bouquin, la force des mots, la puissante simplicité des phrases qui les rend si belles et si percutantes à la fois.

C’est un régal, un plaisir, ça se lit sans effort et l’on en ressort tout léger.

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Les souvenirs

LesSouvenirsLe passé et la ribambelle de souvenirs qui s’y rattachent se prêtent parfaitement à la méditation et aux réflexions sur le sens de la vie, de la destinée. D’où viens-je, où cours-je, dans quel état j’erre… C’est aussi, pour un auteur de la trempe de David Foenkinos, l’occasion d’utiliser sa grande délicatesse et sa finesse pour mettre en évidence, avec poésie, les petites choses qui font l’existence de tout un chacun, mais que nous ne prenons généralement pas la peine de voir et d’apprécier.

Le roman débute au moment où le narrateur, jeune homme banal, se rend aux obsèques de son grand-père. Il réalise tout ce qu’il n’a pas pris le temps de vivre avec son aïeul, et décide de ne pas faire de même avec sa grand-mère.

Celle-ci, très âgée, commence à perdre la tête et sa santé décline. Le narrateur s’occupe alors d’elle de son mieux, même s’il est impuissant dans beaucoup de situations. La vieille dame est placée en maison de retraite contre sa volonté. Lorsqu’elle apprend que son ancien appartement a été vendu, elle fugue. Le narrateur part à sa recherche et il finit par la retrouver.

Il offre à sa grand-mère une des plus belles journées de sa vie, mais l’effort est trop grand pour elle, et elle décède rapidement. Toutefois, en organisant pour elle cette apothéose, le narrateur rencontre une jeune femme… Le passé rejoint alors l’avenir.

Que de trouvailles, que de belles phrases et que de tendresse dans ce livre !

Le fil conducteur est émaillé d’intrigues secondaires, parfois très drôles : la relation entre les parents du narrateur, ses oncles, son employeur…

De temps en temps, le récit est brièvement interrompu pour faire place à un souvenir d’un des personnages, souvent insignifiant, mais qui donne du relief à l’ensemble. Car le thème des souvenirs reste au centre de ce roman. Que serions-nous sans nos souvenirs, sans notre expérience, accumulée au fil des années ?

Avec ce bouquin, je me suis régalé.

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Minifiction #167

Incubation


Dès notre arrivée en ce monde, nous subissons une série d'accidents qui nous marquent pour toujours.

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Ma mère du Nord

MèreNordDes chapitres très courts, de quelques paragraphes, parfois un seul, des phrases percutantes, qui laissent le lecteur pantois. Voilà le style qui a fait la réputation de Jean-Louis Fournier. Sa plume, il la trempe souvent dans l’acide, ne faisant de cadeau à personne, y compris lorsqu’il est question de lui-même.

Il cause aussi de ses proches. Dans ses précédents bouquins, il a parlé de ses deux fils, nés gravement handicapés, de sa fille entrée dans les ordres, de sa femme décédée, de son père alcoolique… jusque-là, sa mère était passée entre les mailles du filet, mais il a fini par la rattraper.

Pour une fois, je n’ai pas été vraiment « happé » par la narration. Pourtant, les propos cinglants, les réflexions qui claquent sont bien là, mais, bien que le sujet soit la mère, c’est surtout le père qui prend.

À l’école, les parents, c’était ma mère. Notre père avait dû oublier qu’il avait des enfants. Elle était veuve en pire.

Sa mère, l’auteur en parle, bien sûr, puisqu’il écrit ce livre pour elle. Toutefois, on a l’impression d’un sujet un peu tabou, d’une limite qu’il s’est imposée et qu’il refuse de franchir, contrairement à son habitude.

Pourtant, ces pages réservent de bien belles envolées, tout à fait dans le style de cet écrivain dont j’envie l’esprit de synthèse, cette façon de voir les choses qui le fait aller droit au but, avec juste les mots qu’il faut pour tout décrire en quelques gifles.

Le divorce n’était pas encore un produit dérivé du mariage, c’était un péché mortel. On ne pouvait pas effacer ce que Dieu avait béni.

Ce n’est sans doute pas le meilleur livre de Jean-Louis Fournier, mais il complète magnifiquement le portrait de sa famille.

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