Le vieil homme et la mer2

Résumé des faits :

François Bon, personnage incontournable de la littérature numérique en France et défenseur inconditionnel de ce nouveau média, a publié sur son site Publie.net une traduction réalisée par ses soins du célèbre roman d'Ernest Hemingway Le vieil homme et la mer. Mais voilà… bien que ce livre soit normalement libre de droit puisque son auteur est mort depuis plus de cinquante ans (1961), l'éditeur Gallimard estime qu'il en possède les droits d'exploitation jusqu'en 2047 ! En réalité, il ne serait propriétaire que de la vieille traduction, qui est désastreuse de l'avis de tous les anglophones.

Gallimard a donc exigé le retrait de la publication du site de François Bon, et en plus demande un dédommagement pour les exemplaires vendus, qui sont au nombre de 22, au prix de 2,99€ !

Gallimard devrait sans doute commencer par faire le ménage devant sa porte. Rappelons qu'il a diffusé le dernier prix Goncourt en numérique au prix de 19,95€ avec des coquilles typographiques à chaque page ! Qu'il faut être stupide pour avoir cette attitude, décourager les amateurs de littérature et scier ainsi la branche sur laquelle on est assis !

Comment faire pour réagir ? Vous pouvez participer à la pétition en faveur de cette traduction du roman. Vous pouvez soutenir François Bon sur son blog Le tiers livre. Vous pouvez vous exprimer sur le mur Facebook de Gallimard. (Qui est en train de se lézarder à l'heure où j'écris ces lignes !

Et pour finir, si vous avez envie de télécharger librement Le vieil homme et la mer traduit par François Bon, vous pouvez le faire en toute légalité sur ce site, car il est canadien et pour d'obscures raisons, l'œuvre est là-bas dans le domaine public ! (Cherchez le lien vers la fin de l'article.)

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Le journal intime d’un arbre

Surnommé Tristan, un poirier tricentenaire succombe à un coup de vent trop fort pour son âge avancé. Mais pour une raison que lui-même ne comprend pas, son esprit reste attaché à ce qui reste de lui et à ceux qui l'ont aimé.
En particulier, il accompagne par la pensée et à leur insu Yannis, qui a autrefois tenté de le faire classer au registre des Arbres Remarquables et Manon, adolescente maltraitée devenue, sous le pseudonyme de Tristane, une sculptrice réputée, par amour pour cet arbre.
Ce poirier hors du commun a aussi un passé. Il a connu le règne de Louis XV, la révolution et Dreyfus, des suppliciés ont été pendus à ses branches, une prétendue sorcière a été brûlée avec son bois, un poète a écrit des vers sous ses frondaisons, il a été témoin de bonnes choses et de drames, jusqu'au jeune fils de son dernier propriétaire, abattu par la Gestapo contre son tronc, qui a accueilli la balle meurtrière.
Ce long passé lui donne une bonne connaissance des mœurs humaines et lui permet de porter un regard acéré et sans concessions sur nous. Mais pourquoi son esprit accompagne-t-il toujours ceux qui l'ont aimé ? Qui est ce petit garçon inconnu qui hante ses souvenirs les plus lointains ?
Didier Van Cauwelaert signe là un roman humain et écologique d'une grande originalité, plein d'émotions et de délicatesse.

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Les charmants travers de nos semblables

Isabel Dalhousie vit à Édimbourg et est directrice de la revue d'éthique. Elle est fiancée avec Jamie, et ils sont les parents du petit Charlie, qui est encore à l'âge de la poussette. On lui demande d'enquêter discrètement sur les candidats à un poste de direction d'un pensionnat car l'un d'eux, prétend une lettre anonyme, a un passé compromettant. Par hasard, elle découvre que son cher Jamie a lui aussi un petit secret.

Les charmants travers de nos semblablesC'est tout.

Le lecteur suit Isabelle dans sa vie quotidienne, visite avec elle les lieux où elle se rend, et apprend les petits détails passionnants de son existence, tel que ce qui compose le petit déjeuner de son fils et la couleur de sa voiture. Et surtout, le lecteur découvre les nombreuses questions que se pose la jeune femme à longueur de journée, et l'accompagne dans les méandres de ses réflexions : Pourquoi Charlie lance-t-il un petit train en bois contre une porte, comment le facteur résiste-il à la tentation de tout savoir sur la vie des gens, le bien est-il immanent, pourquoi sa nièce Cat a-t-elle eu une relation avec un homme comme Bruno…

Toutes ces méditations sont toujours en rapport avec l'éthique et avec les défauts de l'âme humaine, les petits travers, charmants, de nos semblables, car nous sommes comme eux, ne l'oublions pas. Il se dégage de ces considérations une ambiance très british (du moins telle qu'on l'imagine dans l'hexagone) et des points de vue intéressants sur nous-mêmes. Nous sommes imparfaits, certes, mais dans l'ensemble nous essayons toujours de faire de notre mieux, et c'est le principal. Donc, on ne peut pas vraiment nous reprocher quoi que ce soit.

C'est bien, mais c'est parfois un peu long, surtout à la quatrième fois qu'Isabel nous entraîne dans des introspections sur le thème de la culpabilité. J'avoue que j'ai survolé certains paragraphes. (C'est grave, Isabel ?)

Alexander McCall Smith écrit très bien. Il sait parfaitement maintenir le rythme de son récit malgré les digressions, il maîtrise parfaitement l'art du dialogue et sait rendre ses personnages crédibles et attachants. Il ne lui reste plus qu'à trouver un sujet de roman, afin de sortir de la psychologique-fiction. :-D

Pourtant, ce livre n'est pas ennuyeux. Il y a un fil conducteur qui, a défaut d'être passionnant, retient le lecteur avec suffisamment de fermeté pour qu'il ait envie de connaître le fin mot de cette histoire. C'est ce que j'ai fait, et en parvenant à la dernière page, j'ai enfin réalisé qu'il y a tout au long de ce roman cette chose si subtile mais si difficile à comprendre pour un frenchy : de l'humour britannique.

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La Tour des Miracles

La Tour des Miracles-RomanEn ce temps-là nous habitions Montmartre. Une maison miraclificle de sept étages par temps calme et de six les jours de bourrasques.Ainsi commence ce roman délirant écrit par Georges Brassens dans les années 50 et paru en 68. Et tout le reste est à l'avenant. Inutile de chercher dans ces pages une aventure savamment échafaudée, un message philosophique ou des propos dignes d'un académicien. Brassens n'était pas un écrivain, et n'a pas prétendu l'être. Mais il était un grand poète, de manière incontestable.

Dans ce dernier étage capricieux baptisé abbaye gré-du-vent vivent en promiscuité divers personnages, formant la Camorra. Je ne tenterai même pas de vous les décrire car ce serait impossible en quelques lignes. Situations absurdes, événements aberrants, discours insensés… L'auteur s'en est donné à cœur joie, dans une frénésie d'inventions abracadabrantes. Ajoutez à ceci un vocabulaire riche, agrémenté de néologismes et une grande dose de jeux de mots. D'ailleurs il n'y avait pas d'ailleurs ; il n'y avait que des queues.

La Tour des Miracles-BDOn aime ou on n'aime pas. Comme il est inutile d'essayer de se faire une idée précise des lieux, des gens et des circonstances, certains risquent de ne pas arriver à "entrer" dans ce roman inclassable. Mais ceux qui y parviendront ne regretteront assurément pas l'effort.

En 2003 est parue une bande dessinée tirée de la Tour des Miracles, avec un scénario d'Étienne Davodeau et des illustrations de David Prudhomme. Illustrations dans lesquelles on découvre un personnage ressemblant malicieusement à Georges Brassens.

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Tous nos petits morceaux

Tous nos petits morceauxRecueil de douze nouvelles. Le point commun, ou plutôt le personnage principal, tant il est omniprésent, est le miroir. C'est même lui le narrateur dans la plupart de ces textes.

Le miroir est un témoin, présent dans beaucoup d'endroits. Non seulement chez nous, dans nos chambres, mais aussi dans les lieux publics. Notre reflet nous suit partout, et partout il nous regarde à travers un miroir, image à la fois parfaitement fidèle et parfaitement inverse et contraire.

Voici donc douze témoignages de ce que des miroirs ont vu ou vécu, transcrits d'une plume de maître par Emmanuelle Urien, qui nous livre des points de vue extrêmement sensibles et précis. En quelques mots, un personnage est décrit. Non seulement physiquement, comme il est normal de s'y attendre de la part d'un miroir, mais aussi ce qui peut s'attacher à lui et ce qui s'en dégage. Ainsi, à travers la surface réfléchissante des miroirs, nous découvrons une femme qui craint de perdre sa beauté, une jeune fille abusée, un médecin de campagne, un homme souffrant de dédoublement de la personnalité, et d'autres gens qui pourraient être n'importe qui, vous ou moi par exemple, car ce livre nous renvoie, comme un miroir, l'image de quelques échantillons d'humanité. Et dans ces petits morceaux, nous n'avons aucun mal à nous reconnaitre, au travers d'émotions distillées par une écriture extrêmement sensible.

De ces quelques écrits, j'ai préféré certains à d'autres, mais ma préférence va sans hésiter au dernier, le seul où il n'y a aucun miroir, et où pourtant tout tourne autour du reflet symétrique que sont l'une pour l'autre des sœurs jumelles. Beaucoup de féminité et de délicatesse dans ces pages.

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Tripla

Quel matraquage ! Quel baratinage on nous assène depuis quelques jours, depuis la soi-disant perte du "triple A" par la France !

Ne nous ferait-on pas apparaître comme de malfaisants campagnards désavantagés par la cataracte ou la malaria et incapables de voir l'appareillage recapitalisant notre avenir ? L'appartenance au clan pétaradant de ceux qui en bénéficient encore se ferait-il au prix du balayage apaisant de tout apanage ? Devrions-nous recourir à la maltraitance et au placardage d'un coûteux apparat ?

L'aplatissage des difficultés qui nous attendent ne nécessitera ni l'ascension de l'Himalaya, ni la traversée du Sahara. Certes, une aggravation de la situation serait appauvrissante et nos camarades, en un généreux assistanat, devraient alors nous appliquer en cataplasme un malaxage de diverses substances, mais nous sommes encore loin d'un échec cataclysmal.

Dépêchons quelques mandataires caparaçonnés chercher un peu partout. Gardons confiance en notre baraka. La France regorge de triples A, en voici la preuve…

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Le destin de Laura

Le destin de LauraLaura meurt dans un accident de voiture à trente-deux ans, mais son âme se retrouve dans un au-delà qui est la vraie Vie, et elle se prépare à se réincarner.

Sujet un peu bateau mais toujours plaisant. Hélas, dans ce cas, le lecteur va de déception en déception. Laura, là où elle se trouve désormais, est prise en charge par un ange et elle parvient à communiquer encore avec sa fille. En outre, son guide lui distille sur un ton professoral et paternaliste un enseignement dans lequel on retrouve pêle-mêle et dans un désordre déprimant tout ce qu'on peut trouver dans les différents courants ésotériques, philosophiques ou religieux. Tout y passe : les chakras, la numérologie, l'Amour avec un grand A, le sacrifice, la réincarnation… L'auteur, Marie David, a tout étudié.

Tout, sauf l'orthographe, malheureusement, car on trouve des fautes presque à chaque page. (L'éditeur a-t-il lu le livre ? J'en doute.) La ponctuation aléatoire n'est pas en reste, sans oublier les lieux-communs qui disputent la vedette aux contresens comme celui-ci : (…) érige un véritable précipice entre les deux. D'habitude, on érige vers le haut, et un précipice va vers le bas.

Je ne sais pas ce qui est le pire dans ce roman. La mièvrerie ? Le style puéril ? L'orthographe ? Le manque d'originalité ? L'amateurisme ? La manière si conventionnelle d'aborder un sujet qui pourrait être intéressant ? Mais je sais que c'est le plus mauvais bouquin qui est passé entre mes mains depuis longtemps. Il a toutefois une qualité : il est très court.

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Le Club des incorrigibles optimistes

Le Club des incorrigibles optimistesCe roman de Jean-Michel Guenassia a reçu le Goncourt des lycéens en 2009, et il le mérite amplement.

Michel Marini, le narrateur, se rend à l'enterrement de Sartre en avril 80. Là, il rencontre Pavel, un ami perdu de vue depuis une quinzaine d'années, et il replonge dans ce passé déjà lointain. En 1959, Michel a 12 ans. Comme tous les gamins de son âge, il aime jouer avec ses copains. Il aime lire et faire des photos. Il est parfaitement à son aise dans le Paris de cette époque. Il est imbattable au babyfoot et joue régulièrement au Balto, un bistrot de la place Denfert-Rochereau. Il se fait accepter par des hommes qui jouent aux échecs dans l'arrière-salle. Il y a là Igor, le chauffeur de taxi qui a été médecin en Russie, Werner, l'Allemand qui s'est rebellé contre le nazisme, Léonid, ancien pilote, héros de l'armée rouge et champion d'échecs, passé à l'Ouest pour les beaux yeux d'une française. Et Pavel, et Vladimir, et Lognon, et Tibor… Le Club est même fréquenté en voisins par Sartre et Kessel.

Jean-Michel Guenassia mêle avec beaucoup d'habileté la fiction et la réalité, en casant parfaitement la vie du narrateur dans le contexte et les événements des années 60. Michel grandit. Il devient adolescent, rival puis complice de son frère aîné, en conflit avec ses parents, s'éveillant à la vie, à l'amitié, à l'amour. En toile de fond, il y a les problèmes sociaux, en particulier la guerre d'Algérie et les prémices de la guerre froide. Car beaucoup des membres du Club sont originaires des pays de l'Est et ont abandonné tout ce qu'ils avaient, par choix, par fuite ou par obligation.

Michel découvre la vie et le monde à travers ces hommes profondément blessés. Lui-même est confronté à la perte ou l'éloignement, souvent violents, de plusieurs de ses proches. Mais qui est ce Sacha, dont on il ne connait ni le nom, ni les origines, ni l'histoire ? Pourquoi les autres membres du Club le rejettent-ils si violemment ? Quel terrible secret est accroché aux pas de cet homme triste, mais qui apporte une aide si précieuse à Michel ?

À coup de phrases très courtes et sur un rythme lent mais dense, l'histoire avance. Les personnages sont mis en place un à un, et le lecteur les découvre, parfaitement crédibles, et tellement attachants. À la fin, certaines questions restent sans réponses pour Michel, comme cela arrive dans la vraie vie, dont cette œuvre est le reflet. Je n'aurais pas pensé, en commençant ce livre, que j'y trouverai autant d'humanité, de rebondissements et de sujets de réflexion. Un grand bouquin !

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2012

2012

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Insomnies 2011

Il y a des quantités de sites ou des gens font de la critique littéraire, qu'ils soient lecteurs du dimanche, amateurs ou professionnels. Et un grand nombre de ceux-là, en ce dernier jour de l'année, vont poster un article pour donner un coup de projecteur à leurs coups de cœur 2011. Ma première idée a été de le faire moi aussi, mais comme j'ai un fort esprit de contradiction, ma seconde idée a été de justement ne pas le faire. Mais immédiatement après, une troisième idée a été que ce serait dommage de louper l'occasion. Trois idées en si peu de temps m'avaient mis en jambes, et j'ai continué sur cet élan. Je me suis dit "Je vais sélectionner mes bouquins préférés". Évidemment, pas les plus mauvais ! Alors, selon quels critères faire ce tri ? "Les mieux écrits" ? Mais c'est un critère personnel et très vague. Alors, "les plus intéressants". Mais comment comparer un récit d'aventure, un recueil de contes et un roman historique ? Comment évaluer sous une même toise des écrivains confirmés et des auteurs débutants ?

Finalement, j'ai opté pour un étalon également très personnel, mais que tout amoureux de lecture comprendra : J'ai choisi de mettre en avant les livres qui m'ont empêché de dormir. Vous connaissez, en tout cas je vous le souhaite, cette impatience à se replonger dans un bouquin, cette hâte à être enfin tranquille pour ouvrir d'un même geste les pages d'un livre et les portes d'un autre monde. Et vous connaissez aussi cette sensation de priorité, cette suprématie de la lecture sur toute autre considération du moment.

J'aime lire dans mon lit. Je sais que dans quelques heures, quand viendra le moment de me lever, ce sera dur. Que demain sera une journée entrevue à travers le brouillard de la fatigue. Mais je continue tout de même à lire car ce livre ne me lâche pas, et je ne le lâche plus. Encore un chapitre. Puis un autre. Un dernier dernier. Et encore un dernier… jusqu'à terminer le livre, à ne plus pouvoir m'arrêter de lire, tant il m'a mordu, tant je suis tombé dedans, au point que seule sa dernière page pourra me libérer.

Voilà le critère que j'ai retenu : Quels sont les livres dont j'ai eu du mal à interrompre la lecture une fois que je les avais commencés ? Ce ne sont pas forcément ceux qui feront l'unanimité, ni les mieux écrits, ni ceux dont on parlera encore dans un siècle, ni ceux qui crouleront sous les prix littéraires, mais ce sont ceux qui m'ont apporté le plus de cette magie et de ce progrès extraordinaires qu'on ne trouve que dans les livres, ceux qui ont largué mes amarres à mon insu pour m'entrainer sur les eaux du rêve. Deux en 2011 !

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Bal de givre à New York, de Fabrice Colin

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La horde du Contrevent, d'Alain Damasio

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